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Edito : le mal est profond

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Pour commencer, rappelons que le bien célèbre François de LAROCHEFOUCAULD, moraliste et homme politique français du 17ème siècle, nous avait déjà prévenu sur le risque du lamentable avec sa maxime « Le ridicule déshonore plus que le déshonneur ». Au lendemain de cette boutade d’un de nos confrères qui a tourné en dérision sur toute la toile, on se doit de réagir et de saisir l’occasion pour interpeller l’opinion. Il est de notre devoir de réagir. Réagir parce que tout simplement ce que les autres ont qualifié d’ « incartade », de « toquade » ou encore de « fantaisie », j’en passe, est loin d’en être une. Pour qui connaît les imperfections qui minent ce métier de journaliste sportif dans notre pays, c’est plutôt une réalité.

Si l’on a, encore heureux, quelques miettes de professionnels dans ce métier qui nous servent d’arbres qui cacheraient la forêt ; la démonstration de notre cher confrère d’hier est la réalité générale qui règne dans cette profession en Guinée. C’est donc loin, voir même incompréhensible de penser que ce n’était là qu’un élément isolé, pour reprendre une expression très utilisée par l’armée sur place, et qui par conséquent doit être accessible à une large partie de la population. Donc ce cher journaliste à la conférence de presse de Didier Deschamps au siège de la FFF n’était pas une contre facette des journalistes sportifs guinéens. Oui, c’était là très certainement l’archétype du « bon » journaliste sportif dans mon pauvre pays. C’est en cela que le mal est très profond…

Faut-il rappeler comment devient-on « journaliste sportif » dans ce pays ? Voyons… narrer quelques matchs « Inter-Quartiers » dans votre coin et hop vous vous retrouverez un jour à l’antenne avec l’étiquette de journaliste sportif. Ne rigolez pas, car c’est là une méthode qui marche très bien. Faites un sondage et, j’espère que l’objectivité sera présente dans les réponses des enquêtés, et vous verrez que c’est là un chemin très emprunté par mes éminents confrères. Donc pas besoin de diplômes de journalistes – soulignons au passage que même si le diplôme de journaliste donne plus de chance d’accéder à ce métier, il n’est pas indispensable pour finir journaliste sportif un jour- et surtout pas besoin d’être un amoureux ou un passionné de ce sport –rappelons que la véritable passion pour le football nous pousse à nous y intéresser comme les professionnels qui en parlent. La seule différence étant les moyens et les capacités d’accès aux actualités de premier rang. Rien de tout cela. Ne maîtrisez pas vos tables de conjugaisons et règles de grammaire ou d’orthographes, on ne vous en tiendra jamais compte vu qu’en général les patrons de médias passent l’éponge sur le sport, et ne s’intéressent qu’aux revenus publicitaires juteux que rapporte ce sport, sans parler des évènements sportifs qui est une véritable aubaine pour les médias de gagner le cœur des millions d’auditeurs qui suivent ces actualités sportives. Sans le savoir, même s’il faudra lever le doute sur leurs intentions, les patrons de médias dans ce pays contribuent à enfoncer ce métier, et à promouvoir la médiocrité au-delà de toute valeur respectueuse et soucieuse de la qualité du produit qu’on offre aux auditeurs et au public en général.

Soyez sereins, on se passera de vos analyses sur telle ou telle autre actualité  -internet fera le travail à votre place-. Ne vous tracassez pas à « créer » l’information –Combien savent d’ailleurs objectivement qu’un journaliste ce n’est pas seulement d’assister à l’actualité ; mais c’est aussi savoir la créer, la traiter sous différents angles…bref être au charbon à tout moment- il vous suffira de partir sur des sites spécialisés, copier l’information et la dire à l’antenne. Cela suffira pour faire de vous quelqu’un de très renseigné le soir lorsque vous serez de retour dans votre quartier. Et glissez quelques billets au passage et ces jeunes feront de vous, malgré les carences existantes et persistantes, un de leur modèle. Un héros. Le Luther King du micro en quelques sortes… Attention, il y’a tout de même des qualités qu’on attend de vous. Il faut par exemple être capable d’encenser un invité que vous recevrez, surtout si c’est un homme d’affaires qui investit ou s’intéresse au cuir rond. Vous devrez limite chanter ses louanges à l’antenne et ne jamais aller à l’encontre de ses propos. Cela pourrait faire perdre beaucoup d’argent au boss de la maison ! Il faudra aussi savoir faire le « suceur » avec les footballeurs pour être le premier à enfiler le maillot d’un tel qui évolue dans un club en Europe, et ce n’est pas fini, vous devrez bomber le torse avec ce maillot et le ramener à chaque fois que vous avez des sorties sportives à effectuer, et à chaque fois que vous prendrez le thé avec des amis dans le quartier. Votre notoriété en dépend. Quid de comment on l’a eu, l’essentiel c’est d’être le premier à le porter et à l’exhiber lorsque vous irez en conférence de presse dans la minuscule pièce de la fédération guinéenne de football.

Faut-il rappeler pourquoi on vient dans ce métier ? De la reconnaissance. Qui de nous n’aimerait pas qu’il soit un jour ou l’autre reconnu dans et pour le travail qu’il réalise ? Je crois que personne. Mais pour être reconnu dans le monde entier, le feu et illustre Thierry Gilardi avait-il eu besoin de saluer tout son cercle d’amis lorsqu’il était à l’antenne, sur le plateau ? A moins d’avoir raté un épisode de cette figure, je crois bien que la réponse on la connait tous. Pareil pour tous les autres professionnels de ce métier. La simple explication est que ces gens cherchent à être reconnus pour le travail qu’ils ne font pas à cause du pont d’amitié qu’ils tendent à leurs auditeurs ou téléspectateurs. Il est temps d’ouvrir les yeux j’ose penser. On n’a pas besoin de se prosterner devant tous nos auditeurs à l’antenne pour être salué le lendemain dans les transports ou pour avoir des « fans club ». Votre travail, s’il est bien fait, suffira. D’ailleurs ce genre de pratique est une preuve que nous n’avons pas une grille de programme assez chargé pour nos émissions sportives pour penser à saluer la terre entière. Ce qui nous donne l’équation suivante, qui nous ramène aux mots écrits plus-haut : Manques d’analyses = temps de sociabiliser l’antenne !

Ensuite nous avons les déplacements…Ah ces fameux voyages qui font frémir tout journaliste, pas que sportif. Ce métier étant un véritable chemin qui donne à une mobilité internationale, car les évènements sportifs se déroulant partout sur la planète, on aimerait tous accrocher le train et ne pas rester à quai. Mais sommes-nous obligés de quémander ou de faire la politique d’un tel dans son métier pour attendre une récompense et profiter des délices du voyage et d’un tournoi ? Oui, les patrons de médias restent sommes toutes incapables de faire profiter leur journaliste des évènements du cuir rond, on est là dans un autre débat. Mais est-ce une raison suffisante pour faire la courbette devant un président de club ? Est-ce une bonne raison pour piétiner notre objectivité professionnelle et donner place à notre hypocrisie vénale, couronné d’attitude mercantile ?

Une fois devant tous ces problèmes, qui ne sont là qu’une partie de l’iceberg sombre du paysage audio-visuel guinéen en général, et du journalisme sportif en particulier, il serait grand temps de réaliser que LE MAL EST PROFOND…très profond !

A.B

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